vendredi 17 décembre 2010

Etude de la scène finale de La Vague.

Des sentiments amplifiés dans les dernières minutes 


Selon nous, la scène finale de l'adaptation cinématographique est celle qui diffère le plus du livre. En effet le film se termine sur des scènes choquantes et marquantes. Elles restent ainsi gravées dans la mémoire du spectateur. Au cinéma, les images et les faits sont plus mémorables que de "simples" mots. Ce genre de scènes amplifie les sentiments du spectateur et les pousse à la réflexion.
A l'inverse, l'atmosphère est pesante tout au long de l'œuvre. Les mots suffisent à troubler le lecteur. Celui-ci perçoit la gravité de la situation sans une fin tragique. 





La scène débute sur un plan poitrine (qui montre le haut du buste et la tête du personnage) du professeur Wenger. C'est le début de son discours. Les va et vient entre le professeur et la foule d'élèves montrent qu'il y a un réel échange entre eux. Cependant, le professeur reste sur l'estrade et domine la situation. C'est le leader de la Vague.
Les élèves, unifiés grâce à leurs chemises blanches, sur lesquelles on remarque l'emblème du mouvement, sont enfermés dans la salle. Le quadrillage sur les murs nous donne une impression d'isolement et d'enfermement tel une prison. Cela montre qu'ils forment un groupe à part et quelque part même, qu'ils sont pris au jeu, pris au piège, par cette expérience.
De plus, on remarque l'augmentation des plans poitrine sur le personnage de Robert. Il est en retrait, sur le côté de l'estrade mais le spectateur a l'impression qu'il pourrait bientôt agir et prendre une place plus importante dans la réunion. En effet, il observe la situation tendue  qui dégénère petit à petit. Les plans poitrine illustrent les émotions grandissantes des personnages.       
Plus tard dans la scène, Wenger et son discours sont mis en évidence grâce à un gros plan, filmé en contre-plongée. Ses émotions sont partagées par cet effet. Ses paroles sont lentes et saccadées et leur donnent un aspect solennel. Il utilise des mots forts pour montrer la gravité de la situation. Certains élèves se lèvent afin de montrer leur désapprobation. 
Lorsque tous les participants décident de quitter les lieux, Robert intervient. Avec son revolver, il menace ses camarades et ainsi, il prend un rôle plus important dans la tournure des évènements. Il hésite à tuer son professeur et tire finalement sur l'un de ses camarades. Les actions s'enchaînent alors très vite. 
Les principaux acteurs de cette manifestation se trouvent toujours sur l'estrade mais ils sont agenouillés près du blessé. Les autres élèves et même le professeur Wenger sont mis en situation d'infériorité par rapport à Robert. Même ceux qui étaient assis sur les chaises, se baissent encore plus, ils essayent de se cacher et de se protéger. 
Robert semble raisonné et abaisse son arme, en signe de renoncement. Les élèves et le professeur pensent que le danger est passé. On perçoit le soulagement sur les traits de leur visage. Brusquement, d'un geste franc et sec, il se donne la mort. Une scène "choc" qui émeut le spectateur et marque son esprit.
On voit la tristesse et l'inquiétude sur les visages, certains pleurent. Puis la caméra zoom sur Wenger, dont on n'entend plus que le souffle ; il réalise l'horreur de son erreur. La scène de la conférence prend fin sur un fondu au blanc qui permet une transition immédiate sur l'arrestation du professeur Wenger.    
La scène suivante est au ralenti pour que le spectateur ait conscience de l'atrocité des faits antérieurs. A travers le regard de Wenger, le spectateur découvre les conséquences tragiques de son acte jusqu'à ce qu'il entre dans la voiture. 
On voit défiler le paysage lumineux et verdoyant, qu'il voit sans doute pour la dernière fois. On a ensuite un zoom sur son visage terrifié. Il se remémore sûrement la semaine qu'il vient de passer et regrette d'avoir poussé l'expérience si loin. 



Extrait du livre, correspondant à la scène étudiée. 
[...] Lorsqu'il se plaça entre les deux écrans géants qu'il avait commandés au service technique un peu plus tôt, la foule se mit spontanément à clamer les slogans de la Vagye, debout devant les sièges, tout en exécutant le salut rituel.
"La Force par la Discipline !"
"La Force par la Communauté !"
"La Force par l'Action !" 
Face à eux, Ben resta immobile. Dès qu'ils eurent fini de réciter les slogans, il leva les bras pour demander le silence. Une fraction de seconde plus tard, le silence régnait dans la salle pleine de lycéens. Quelle obéissance ! pensa Ben, avec tristesse. Il balaya l'assemblée du regard, conscient que c'était probablement la dernière fois qu'il les captivait à ce point. Puis il commença:
"Dans un instant, notre leader national s'adressera à vous." [...]
[...] Les écrans étaient toujours bleus. Aucun visage n'apparut, aucun son ne sortit des enceintes. Dans la salle, les élèves commençaient à plisser les yeux et à échanger des murmures inquiets. Pourquoi ne se passait-il rien ? Où était leur chef ? Que devaient-ils faire ? Tandis que la tension monter dans l'auditorium, cette question tournaient et retournaient dans leur tête : que devaient-ils faire ?
De son poste sur la scène, Ben couva du regard cette marée de visages inquiets qui l'observaient sans ciller. Était-il donc vrai que la nature des hommes les poussait à chercher un meneur ? Quelqu'un pour prendre les décisions à leur place ? Manifestement, tous ces visages levés vers lui l'affirmaient. Telle était la responsabilité d'un chef : savoir qu'un groupe comme celui-là le suivrait n'importe où. Ben commençait à quel point sa "petite expérience" s'avérait bien plus sérieuse que ce qu'il avait imaginé. Ils étaient prêts à lui faire une confiance aveugle, à le laisser décider à leur place sans hésiter - ce constat l'effrayait. [...]
 [...] "Il n'y a pas de leader, c'est ça ?!"
Sous le choc, des élèves se tournèrent vers le protestataire tandis que deux gardes l'évacuaient. Dans la confusion qui s'ensuivit, Laurie et David parvinrent à entrer en douce par la porte ouverte.
Avant que les élèves aient eu le temps de comprendre ce qui venait de se passer, Ben reprit sa place au centre de la scène.
"Si, vous avez un leader!" Clama-t-il.
[...]
La salle résonna de hoquets et d'exclamations lorsqu'un portrait géant d'Adolf Hitler apparut. [...]
[...] "Vous vous croyiez si spéciaux ! reprit Ben. Meilleurs que tous ceux qui ne sont pas dans cette salle. Vous avez échangé votre liberté  contre une pseudo-égalité. Mais cette égalité, vous l'avez transformée en supériorité sur les non-membres. Vous avez accepté la volonté du groupe face à vos propres convictions, sans vous soucier de ceux qui en souffraient. Oh, certains  d'entre vous pensaient se contenter de suivre les autres, se disant qu'ils pouvaient rebrousser chemin s'ils le boulaient. Mais l'avez-vous fait ? L'un d'entre vous a-t-il seulement essayé ?" [...]
[...] Ben les regarda quitter la salle en même temps que les derniers ex-membres de la Vague. Lorsqu'ils furent tous partis et qu'il se crut seul, il soupira : "Dieu merci."Il était soulagé que son expérience se soit bien terminé et se réjouissait d'avoir toujours son poste au lycée Gordon. Il lui faudrait encore apaiser quelques parents en colère et autres collègues furieux, mais il savait qu'avec le temps il y parviendrait.
Il allait quitter la scène lorsqu'il entendit un sanglot. Appuyé contre l'un des téléviseurs, Robert pleurait à chaudes larmes. 
Pauvre Robert, pensa Ben. Le seul qui avait tout à perdre dans cette histoire. Il s'approcha du lycéen tremblotant et passa un bras autour de ses épaules.
"Tu sais, Robert, déclara-t-il pour lui remonter le moral, la cravate et le costume te vont bien. Tu devrais en porter plus souvent."
Malgré ses larmes, Robert parvint à sourire.
"Merci, Monsieur Ross.
-Qu'est-ce que tu dirais d'aller manger un truc ? Proposa Ben en l'entraînant au bas de la scène. Il y a deux ou trois choses dont j'aimerais qu'on discute."


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